
L’approche Agile ne fonctionne-t-elle vraiment pas ?
Avez-vous déjà entendu la phrase« Agile ne fonctionne pas dans mon entreprise » ? La vérité est que l ‘Agile n’est pas le problème. Ce qui échoue, c’est une transformation superficielle qui reste en surface, adoptant des rituels et une terminologie, mais sans changer l’état d’esprit et la culture.
De nombreuses entreprises mettent en place des post-its, des cérémonies Agile et des tableaux de bord numériques, mais continuent de fonctionner avec de la bureaucratie, des hiérarchies rigides et un manque d’orientation client. Résultat : frustration des équipes et déception du comité de direction.
Du point de vue du comité de pilotage :
- Investissement sans retour visible: « Nous avons investi dans des coachs et des outils… mais le délai de mise sur le marché reste le même ».
- Fatigue de l’équipe: « On dit que l’Agile, c’est plus de charge, pas plus d’agilité ».
- Choc des cultures: « Autonomie contre contrôle… deux langues coexistant sans cohérence ».
- Questions stratégiques: « Sommes-nous en train de transformer l’entreprise ou simplement de faire du Scrum dans l’informatique ?
À ce niveau, la principale préoccupation n’est pas la journée ou le sprint, mais la déconnexion entre la stratégie de l’entreprise et l’exécution agile. Lorsque le comité constate que les équipes font de l’agile mais que l’entreprise n’est pas plus compétitive, la conclusion facile est : « l’agile ne fonctionne pas ».
Mais attention :
Ce n’est pas que l’Agile ne fonctionne pas, c’est que la transformation n’a pas atteint le niveau où les grandes décisions sont prises.
D’après mon expérience, il y a 10 signes clairs que l’Agile ne fonctionne pas :
- L’agilité en tant qu’organisation
- Un leadership qui ne change pas = une méthode agile qui ne fonctionne pas
- Des réunions à l’infini, une valeur rare
- Absence d’objectif commun
- Des indicateurs qui ne mesurent pas la bonne chose
- Culture défensive et résistance au changement
- L’agilité limitée à l’informatique
- Une complexité mal gérée
- Confondre agilité et improvisation
- Rétrospectives sans impact
1. la méthode agile en tant que structure organisationnelle
L’agilité en tant qu’organisation
C’est le symptôme le plus évident d’une fausse transformation. L’entreprise adopte le jargon Agile, tel que« sprint » ou« backlog« , mais la façon de travailler reste la même, avec une bureaucratie et un contrôle excessifs. Un exemple clair d’Agile en tant que décoration.

- Tableaux Kanban ornementaux : les équipes utilisent des tableaux, mais les décisions sont toujours prises de manière hiérarchique et le travail arrive par courrier électronique, et non par tableau. Il s’agit d’un problème classique de la méthode Agile.
- Des quotidiens qui sont des monologues : les réunions quotidiennes deviennent des rapports de situation destinés au patron plutôt qu’un espace de coordination entre les membres de l’équipe.
- Le nom est changé, mais pas la forme : Les projets sont rebaptisés » sprints », mais ils sont toujours planifiés et exécutés de manière traditionnelle, sans valeur ajoutée.
Vous changez la forme, mais pas le fond. Et cela ne crée jamais de valeur.
2. Un leadership qui ne change pas = une méthode agile qui ne fonctionne pas
Le leadership agile est essentiel. Si les dirigeants ne changent pas leur mentalité de contrôle, le changement ne se développera pas.
- Des comités sans fin: les décisions clés s’enlisent dans de longs comités, ce qui nuit à la rapidité des équipes.
- Des mesures de rapidité et non d’impact : les équipes sont récompensées pour la quantité de travail qu’elles accomplissent, et non pour la valeur qu’elles génèrent pour le client.
- Micromanagement: les managers contrôlent chaque étape au lieu de responsabiliser leurs équipes, ce qui va à l’encontre de l’autonomie prônée par l’approche Agile. La microgestion déguisée en « contrôle ».
- Discours sur l’autonomie: pratique du contrôle. De nombreux dirigeants vendent la liberté, mais interviennent dans tout. Cette incohérence génère du cynisme : les équipes cessent de croire à la transformation.
Sans leadership adaptatif, il n’y a pas d’agilité durable.
3. Réunions infinies, valeur rare
Lorsque la méthode Agile ne fonctionne pas, les équipes se plaignent de « plus de réunions et de moins de temps pour travailler ».
Ce symptôme est très frappant car l’équipe se plaint que les réunions génèrent de la fatigue plutôt que de l’apprentissage.

- Multiplication des réunions, mais pas de décisions claires. Lorsque la méthode Agile se résume à des réunions qui ne résolvent rien, la productivité diminue. Le temps de collaboration se transforme en attrition.
- Transformé quotidiennement en un rapport destiné au patron. Si le quotidien ne sert pas à identifier les blocages et à coordonner l’équipe, mais à rendre des comptes, il a perdu sa fonction.
- Rétrospectives utilisées comme « thérapie de groupe » sans actions d’amélioration.
Les rétrospectives ne sont pas des espaces pour se plaindre sans conséquences. Si les améliorations ne sont jamais mises en œuvre, l’équipe se sent frustrée et perd confiance dans le processus. - De longues réunions qui remplacent une véritable collaboration. L’agilité recherche des conversations utiles et brèves. Si nous passons la journée dans des salles de réunion sans rien livrer, c’est que quelque chose ne va pas.
L’agilité n’est pas synonyme de multiplication des réunions. Il s’agit de meilleures conversations.
4. Absence d’objectif commun
De nombreuses organisations copient des cadres (Scrum, SAFe, Kanban) sans répondre au « pourquoi ». L’agilité est utilisée comme une fin en soi, et non comme un moyen de créer de la valeur.
Lorsqu’une organisation adopte la méthode Agile sans objectif précis, elle est perçue comme une mode imposée d’en haut.
- Agile sans « pourquoi »: pas d’explication sur les raisons de l’adoption de l’Agile et sur la manière dont elle relie le travail de l’équipe à la stratégie de l’entreprise.
- Désalignement: chaque domaine interprète l’agilité à sa manière, ce qui crée des incohérences et de la confusion.
- Des pratiques appliquées par mode et non par nécessité.
Sans objectif clair, l’agilité n’est qu’une tendance parmi d’autres.
5. Des indicateurs qui ne mesurent pas la bonne chose
Si vos indicateurs sont encore des « heures travaillées », des « livrables terminés » ou (de manière controversée) des « points d’histoire », vous mesurez l’activité et non l’impact.
Il est très clair que l’organisation ne dispose pas de véritables indicateurs de valeur pour le client.
- Se concentrer sur les heures travaillées et non sur la valeur fournie. Mesurer le succès en fonction du nombre d’heures passées relève encore d’un état d’esprit industriel et non d’un état d’esprit axé sur la valeur.
- Les rapports faisant état d’un taux d’occupation de 100 % sont considérés comme une « réussite ». La saturation de tout le monde n’est pas un gage d’efficacité. C’est un piège qui empêche l’adaptation.
- Célébrez les livraisons rapides… même si le client ne les utilise pas. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de choses que nous lançons, mais le nombre de choses que nous apportons réellement au client.
- Des mesures qui reflètent l’activité, mais pas l’impact réel. Compter les tâches accomplies n’est pas synonyme d’impact. La méthode agile se concentre sur les résultats et non sur les mouvements.
Ce qui n’est pas mesuré avec sens n’est pas amélioré avec impact.
6. Culture défensive et résistance au changement
L’inertie culturelle est l’un des plus grands obstacles à une transformation agile réussie. Des phrases comme« nous avons toujours fait comme ça » en sont un symptôme évident.
- « Nous avons toujours fait comme ça » : cette mentalité défensive bloque l’expérimentation et le changement.
- Peur de l’erreur : si l’erreur est punie, personne n’osera essayer de nouvelles choses, et sans essai ni erreur, il n’y a pas d’apprentissage.
La transformation agile est bloquée lorsque la culture organisationnelle n’est pas touchée.
7. L’agilité limitée à l’informatique
Si la méthode Agile n’est appliquée que dans le département technologique, des goulets d’étranglement se créent et la transformation ne s’étend pas.

- Les lancements sont bloqués dans l’attente d’approbations externes. La valeur fournie est retardée parce que d’autres domaines n’ont pas la même cadence.
- Les ressources humaines continuent de recruter avec des processus rigides et lents. Alors que l’informatique recherche l’agilité, les RH mettent des mois à pourvoir les postes vacants. Une incohérence pure et simple.
- L’agilité reste isolée dans un département, sans impact transversal. Une entreprise n’est pas agile si un seul secteur l’est. L’agilité doit être insufflée dans toute l’organisation.
L’agilité est transversale. Si elle n’atteint pas l’ensemble de l’organisation, il ne s’agit pas d’agilité.
8. Une complexité mal gérée
Un symptôme très courant est d’essayer de gérer la complexité avec plus de processus, plus de rapports et plus de bureaucratie.
Cela se traduit par le fait que les gens travaillent plus, mais génèrent moins de valeur.
- Plus de bureaucratie à chaque fois qu’un nouveau défi se présente. La réponse typique au chaos : plus de règles, plus de processus. Résultat : la lenteur.
- Prolifération de rapports et de réunions inutiles. Les cadres sont liés à des rapports et à des comités, et n’ont pas le temps de diriger des équipes.
- Processus dupliqués entraînant lenteur et frustration. Plusieurs domaines demandent la même chose, de différentes manières. Travail en double, valeur nulle.
- Les gens travaillent plus longtemps… mais génèrent moins de valeur. La surcharge est un symptôme de la complexité interne qui nous ronge.
La méthode agile cherche à simplifier ce qui est complexe, et non à ajouter des couches supplémentaires.
9. Confondre agilité et improvisation
L’agilité n’est pas le chaos ou l’improvisation. Elle planifie, mais de manière adaptative. Il est courant de confondre le travail par itérations avec le travail dans le chaos et le désordre.
- La planification est éliminée parce que « l’agilité, c’est la flexibilité ». Erreur courante : penser qu’Agile signifie absence de planification. En réalité, il s’agit plutôt de planification, mais de manière adaptative.
- Changements constants de priorités sans explication. Si l’ordre du jour est réécrit chaque semaine sans raison, l’équipe tombe dans le chaos.
- Manque de concentration sur ce qui compte vraiment pour le client. En l’absence d’une direction claire, le mouvement est confondu avec le progrès.
- L’itération se confond avec le chaos et l’absence de direction. Improviser, c’est s’améliorer pas à pas. Improviser, c’est faire sans direction.
L’agilité exige une direction claire, une orientation stratégique et une adaptation, et non le chaos.
10. Rétrospectives sans impact
La rétrospective devrait être le moteur de l’amélioration continue. Mais dans de nombreuses entreprises, elle devient un rituel vide de sens. Il est classique de voir des actions d’amélioration identifiées mais jamais mises en œuvre.
- Les équipes qui font des rétrospectives… mais qui ne mettent jamais en œuvre d’améliorations. Retro perd sa crédibilité si rien ne change dans la pratique.
- Répétition des mêmes problèmes sprint après sprint. S’il n’y a pas de suivi, les problèmes sont recyclés à l’infini.
- L’utilisation du rétro comme un espace de plaintes, sans solutions. Un mur de lamentations n’améliore pas l’apport de valeur.
- Les rétros qui se terminent sans actions ou responsabilités claires. Sans décideurs, les idées restent en l’air et n’évoluent pas.
Une bonne rétrospective ne se termine pas par une liste. Elle aboutit à un véritable changement.
Alors… l’approche Agile ne fonctionne pas ?
C’est la question à un million de dollars. Et la réponse courte est : oui, ça marche… mais pas toujours, et pas dans toutes les conditions.
La vraie question est la suivante : créons-nous les conditions nécessaires pour que la méthode agile fonctionne ? Si la réponse est non, vous verrez tous les symptômes de l’échec de l’Agile : cérémonies vides, résistance culturelle, mesures erronées et frustration généralisée. Chez SmartWay, en tant que consultant Agile, nous aidons votre entreprise.
La méthode agile fonctionne lorsque ces ingrédients clés sont en place :
- Un objectif clair : s’il n’y a pas d’objectif commun, l’agilité devient un ensemble de rituels vides. Pourquoi voulons-nous être plus agiles ? Pour livrer plus rapidement ? Pour innover ? Pour nous adapter au marché ? S’il n’y a pas de réponse, l’échec est presque certain.
- Un leadership transformé : si les dirigeants continuent d’opérer avec une logique de contrôle, l’Agile devient une contradiction. Les équipes ne se sentiront jamais autonomes si les décisions restent centralisées.
- Culture de l’apprentissage : l’agilité ne consiste pas à travailler plus vite, mais à travailler en apprenant plus vite. Cela signifie qu’il faut tester, faire des erreurs et s’adapter. Si votre organisation pénalise l’erreur, l’agilité meurt dès la première itération.
- Des mesures d’impact, pas des mesures d’activité : heures travaillées ≠ valeur livrée. Ce qui compte, c’est l’impact sur le client que nous générons, et non le nombre de sprints que nous clôturons.
- L‘agilité au-delà de l’informatique : une entreprise ne peut pas être agile si elle ne l’est que dans un seul domaine. Si le marketing, le service juridique, les finances et les ressources humaines restent en mode bureaucratique, l’ensemble des efforts devient un entonnoir.
Alors, pourquoi affirmons-nous que l’approche Agile ne fonctionne pas ?
Parce que nous l’utilisons mal. Parce que nous confondons outils et culture. Parce que nous croyons qu’en changeant les processus, nous changeons automatiquement les mentalités.
Récemment, une entreprise m’a dit : « Nous avons fait des quotidiens pendant six mois et nous n’avons rien amélioré ». Lorsque nous avons vérifié, nous avons découvert que les quotidiens étaient des rapports destinés au patron, et non une coordination entre pairs. L’Agile « fonctionnait »… mais de la mauvaise manière.
Une pensée : Agile n’est pas le problème. Le problème est d’utiliser Agile comme un maquillage au lieu d’une véritable transformation.
En bref, la prochaine fois que vous entendrez dire qu’Agile ne fonctionne pas, pensez que le problème n’est pas la méthodologie, mais l’absence d’une véritable transformation qui englobe le leadership, l’objectif et la satisfaction du client.
Conclusion : Arrêtez d’inventer, commencez à transformer

La prochaine fois que vous entendrez dire que la méthode Agile ne fonctionne pas, posez-vous la question suivante : sommes-nous en présence des symptômes d’une fausse transformation ?
L’Agile n’est pas une question de post-it et de cérémonies, c’est une question de leadership, d’objectif et de clients satisfaits. Car oui, l ‘Agile fonctionne. Ce qui ne marche pas… c’est de vouloir changer sans rien changer.



